Comment Emmanuel est tombé dedans quand il était petit…

Alors, par où débuter ? D’aussi loin que je me souvienne, il y a toujours eu des livres à la maison, des romans, des magazines,… que je découvrais avec avidité. Mon enfance a été bercée d’histoires fantastiques, de souris aventureuses et de fantômes antiques. Rajoutons que j’ai eu la chance d’être dans une cellule familiale (monoparentale) où la bande dessinée n’était pas vue avec défiance, mais bien comme un genre littéraire comme un autre. A peine ma grand-mère haussait-elle les sourcils quand une BD arrivait à la maison, mais ma mère, elle, se satisfaisait de lire avec moi toute cette littérature imagée (ne piquait-elle pas les « Pilote » de son frère ?).

Selon moi, tout démarre lorsque ma mère intègre la fonction publique. La CAF de Marseille (puisque c’est de cette administration dont on parle) possédait au sein de son CE une grande bédéthèque largement fournie. Nous sommes en 1983, j’ai 5 ans et pendant presque 6 années consécutives, je dévore tout le rayon jeunesse. Passent entre mes mains « Les Petits Hommes » (Seron, éd.Dupuis), « Le Scrameustache » (Gos, éd.Dupuis), « Papyrus » (de Gieter, éd.Dupuis), « Astérix » (Goscinny & Uderzo, éd.Albert René), « Léonard » (Turk & de Groot, éd.Dargaud) et je dois en oublier d’autres. Voilà, en quelques lectures, le terrain venait d’être préparé.

Cependant, cela aurait pu s’arrêter là, la BD rester un divertissement de plus, si un malentendu n’avait pas précipité les choses. Mon père, que je voyais peu, a toujours eu le talent d’offrir des cadeaux qui tombent souvent à côté. Nous sommes au coeur de l’été 1984, j’ai 6 ans et il m’offre un comics. Après son départ et un rapide examen, ma mère considère qu’il n’est pas pour mon âge et le range en haut d’une armoire. La revue devient inaccessible… et donc irrésistible ! Dans les faits, ma mère a raison : il s’agit de l’album « Dieu crée, l’Homme détruit », un des albums les plus sombres et le plus symbolique de la saga X-Men, réalisé par C.Claremont et B.Anderson. (Pour l’anecdote, je pus le lire un peu plus tard, puis il disparut de la maison et je dus le racheter une petite fortune sur les quais parisiens !). Cependant, par cet interdit, le ver de la Bd américaine était dans le fruit.

La deuxième accélération se produisit l’été suivant. A quelques semaines d’intervalle, je découvrais une nouvelle source de satisfaction : « Pif Gadget » et « Le Journal de Mickey ». L’alliance improbable de l’icône d’un idéal communiste et du symbole du capitalisme ! Tous les mardis, religieusement, à la sortie de l’école, j’achetai mes deux magazines chez un marchand de journaux qui devint mon temple personnel. Situé à quelques mètres de chez moi, à l’angle du Bd de la Blancarde et BD du Colonel Rossi (Marseille), ce fut là, sans nul doute, la source géographique de ma passion. (Vous pourrez y aller en pèlerinage, si vous voulez !). Si mes recherches sur internet sont exactes, mon premier Pif fut le n°851 et Mickey n°1726, donc en juillet 1985. Enfin si ma mémoire est bonne, je dus décrocher peu à peu entre 1989/1990. Par contre, je passai totalement à côté de « Spirou » et du « journal de Tintin »…

Du haut de mes huit ans, en juillet 1986, une curiosité née deux ans plus tôt me tiraille plus que de coutume et avec persévérance, j’obtiens l’achat d’un nouveau comics. Mon premier vrai comics à moi, choisi et tout ! « Spécial Strange » n°45 ! Les Etranges X-Men dessinés par le génialissime Paul Smith ! Le bonheur à l’état pur. Je réitère l’expérience dès la rentrée suivante avec le « Strange » n°201 et tombe définitivement amoureux de la série La Division Alpha de John Byrne. En fascicules simples ou en reliures (quelle super idée de Lug !), j’achète alors quasiment tout ce qui se fait auprès de MON marchand de journaux et complète ma collection chez les bouquinistes du Cours Julien.

Paradoxalement, à cette époque, pris par Pif, Mickey, les X-Men,… je délaisse un peu la BD franco-belge, si ce n’est les albums toujours empruntés à la CAF dont le « Chimères » de Caza qui m’émut beaucoup à l’époque (1988) !

Puis revint le don inné de mon père pour ses cadeaux approximatifs : en mai 1989, un peu (!) en retard pour mon anniversaire, il m’offre le dernier Thorgal « Aaricia », soit le tome 14. Moi qui n’avais jamais eu cette série et qui aimait bien avoir les albums dans l’ordre, j’étais servi ! Pour corriger le tir, je lui demande de m’amener là où il l’avait acheté. Et me voilà rentrant pour la première fois dans une librairie spécialisée : La Passerelle (rue des Trois Rois). J’en devins un client assidu, certes pour les Bd franco-belges, mais surtout pour l’occupant du 1er étage, Gégé le Chinois qui vendait des BD d’occasion et du comics en VO. Hebdomadairement, je vins chercher mon opium à moi avec recueillement.

Par le biais d’Aaricia, un petit côté « complétiste » se fait sentir, j’achète tous les Thorgal, puis tout ce qu’a dessiné Rosinski, Hans, et le très récent Grand Pouvoir du Chninkel. « Tiens, c’est encore du Van Hamme. Qu’a-t-il fait d’autre ? ». Pouf, me voilà sur XIII, puis sur les tous premiers Largo Winch (on est en 1990), puis « SOS Bonheur » dans la collection Aire Libre. « Tiens, elle est bien cette collection… » Et allez ! « Lova », « La Guerre Eternelle »… J’avais mis le doigt dans l’engrenage et par contamination de proche en proche, je découvrais le large spectre de la BD franco-Belge.

Mon premier manga ? Comme tous ceux de ma génération (hors les séries TV), le choc se résume en un cri : Akira ! Vu au Cinémadeleine en 1991, où il resta trois pauvres petits jours pour y revenir presqu’un mois suite à la pression des spectateurs. Dans les jours qui suivirent, je mis la main sur les fascicules publiés par Glénat en kiosque…

Je fus totalement acquis pour la cause bédéphilesque lorsqu’un voisin et ami de classe, Alexandre Dauzincourt (il serait romancier paraît-il) m’emmena avec son père au 4ème Festival de Solliès en août 1992. Pour la première fois, le monde fantasmatique de la BD avait une concrétisation physique devant mes yeux, jusqu’ici ignoré. J’étais confronté pour la première fois à une dédicace (Alain Dodier). Je mettais le pied sur un nouveau continent ! Après cela, avec ma mère, nous fîmes presque tous les festivals de la région.

Eté 1993, nous nous installons définitivement à Nantes. Les premières fois sont finis, le reste du parcours s’égrène avec application et s’apparente presque à une liste issu d’un CV.

Indéboulonnable de Story BD (Merci Guy, Antoine, Arnaud) >> Association de BD « Ailleurs » >> festivals (Saint-Malo, Perros, Angouleme) >> fac>> stages en édition >> Glénat (merci Rodolphe, Didier, Laurent,..) >> Delcourt (Merci Michel, Thierry,..)>> la presse >> tout le reste…

et enfin LA MYSTERIEUSE LIBRAIRIE NANTAISE !!

Et vous, c’était comment ?

Publicités